Eloïse Van Ryssel, une escrimeuse de l’équipe de France au fort potentiel

Championne du monde junior par équipe en 2019, Eloïse vise maintenant les Jeux Olympiques. Très travailleuse et un poil hyperactive, cette escrimeuse de l’équipe de France a un emploi du temps bien chargé. En plus de sa carrière sportive et de ses études, elle s’est engagée dans l’armée.

A quel âge as-tu commencé l'escrime ? Pourquoi avoir choisi ce sport ?

J'ai commencé l'escrime à six ans. Ensuite, j'ai arrêté une année pour faire du basket et de la danse qui ne m'ont pas du tout plu. J'ai commencé grâce à ma mère qui pratiquait l'escrime depuis une vingtaine d'années et qui m'a orienté vers ce sport. J'ai commencé par une sorte de baby escrime très ludique et complet pour un enfant de six ans. J'ai tout de suite accroché de par sa complexité et sa simplicité à la fois. Je n'ai jamais eu de moment de doute par rapport à ce sport. C'est un sport très complet, on a besoin d'agilité, de précision, de self-contrôle, de concentration et de vivacité d'esprit et de corps.

Quand as-tu choisi de pratiquer l'épée ? 

Au début, j'ai commencé par du fleuret qui est l'arme d'apprentissage dans un petit club à Muret, une arme légère adaptée aux enfants. Ma première maître d'armes était une maître d'armes russe avec un fort accent et assez exigeante mais, même au tout début, j'aimais déjà la rigueur et l'exigence. Ensuite, j'ai changé de club car au fleuret en compétition régionale on était très peu et j'ai voulu tester "l'arme de Laura Flessel", une escrimeuse plusieurs fois médaillée olympique que j’ai vu aux Jeux Olympiques à la télévision. J'ai aimé le fait qu'on puisse toucher absolument toute la surface du corps de l'adversaire (du petit orteil jusqu'à la main arrière non armée ou encore le dos) cela mettait encore plus de défis dans ma pratique. J’ai donc décidé de commencer l'épée au Toulouse Université Club.

Que fais-tu en parallèle de l'escrime ? Des études ?  D'autres passions ?

Comme je n'aime pas rester sans rien faire et que je suis un peu hyperactive, j'ai pas mal d'activités en parallèle. Mon goût pour la rigueur a évolué jusqu'à me mener, il y a trois ans, vers la réserve militaire opérationnelle. Les attentats en 2015 ont aussi joué un rôle dans cet engagement. Depuis, je suis réserviste dans l'armée de terre et j'effectue des missions dans le cadre du plan Vigipirate (lutte contre le terrorisme) et l'opération résilience plus récemment (soutien dans les domaines de la santé, de la logistique et de la protection). 

 

Eloïse Van Ryssel notre ambassadrice réserviste dans l'armée de terre

Au niveau de mes études, j'ai obtenu un bac S avec mention à Bordeaux, lorsque j'étais en structure Pôle France Jeune Épée dame. J'y suis restée quatre ans avant qu'on me propose de rentrer à l'INSEP (pôle France senior). Malgré ça, nos parcours universitaires sont souvent un peu chaotiques. J’ai fait deux ans de préparation intégrée dans une école d'ingénieurs à Bordeaux. Lorsque j'ai été contactée pour rentrer à l’INSEP, j'ai dû faire un choix : c'était mon école d'ingénieurs à Bordeaux ou mon entrée à l’INSEP. Je suis désormais en L2 science de la vie à la Sorbonne Université à Paris. Cela me plaît beaucoup et je compte intégrer une école d'ingénieurs spécialisée en agro-alimentaire ou dans les biotechnologies. 

 

Mis à part ma passion pour l'armée et l'escrime j'adore la musique, je fais du ukulélé depuis deux ans. Je me débrouille sans plus, c'est surtout relaxant et stylé de savoir en faire. Plus sérieusement, j'ai une certaine passion aussi pour la science en général, je pense que c'est mon domaine et j'aimerais y apporter ma contribution, faire des recherches et des découvertes pour la faire avancer. 

Comment réussis-tu à tout gérer ?

Les dispositifs de sport-études pour les sportifs de haut niveau sont très pratiques et nous permettent de tout gérer au mieux en nous conférant quelques avantages notamment pour les emplois du temps aménagés. Mais même avec cela, je sais que tous les sportifs de haut niveau faisant des études et vivant leur vie "civile" courent tout le temps partout. Moi, ça ne me dérange pas, j'aime ce que je fais et je l'ai choisi. Je suis contente d'avoir différents domaines dans lesquels je m'épanouis, j'ai comme l'impression d'avoir plusieurs vies et ça m'aide à tout mener de front. Lorsque j’ai un petit coup de mou dans un domaine, je peux me changer les idées grâce à un autre et ça s'arrange. C'est un équilibre pour moi, une balance. 

Aujourd'hui tu es membre de l'équipe de France d'escrime et en 2019 tu étais championne du monde junior par équipe, comment en es-tu arrivée là ? 

Ça a été dur les premières années de haut niveau, lorsque je n'étais pas encore en structure, je n'étais pas assez forte pour y entrer mais trop pour un petit club. Aspect organisation, j'ai commencé à faire des Coupes d'Europe à l'étranger à 14-15 ans. A ce moment j'étais encore à Toulouse, dans mon club, j'étais en fin de collège/début de lycée et je n'avais pas d'aménagement d'emploi du temps. Je faisais ma journée de cours normale puis je m'entrainais jusque tard en semaine avec des compétitions le week-end. Les trajets étaient lourds pour mes parents qui, eux aussi, avaient leurs journées bien remplies. J'ai donc été en internat dans un lycée privé proche de mon club pour soulager tout le monde et m'entraîner plus. Pour l’aspect financier, dans les sports pas "professionnels" si les parents n'ont pas les moyens au début "d'une carrière" la fédération ou les petits clubs ne prennent pas en charge les déplacements à l'étranger. Grâce à mes parents, j'ai pu continuer à progresser pour entrer en structure. A partir de là, ça a été plus facile.

Comment se déroule la sélection ? 

En équipe de France, quelle que soit l'arme ou la catégorie d'âge, il y a quatre membres sélectionnés au cours des coupes du monde pendant la saison grâce à leurs résultats individuels et leur prestation par équipe. Aux championnats d'Europe et du monde, en fin de saison, il y a toujours une compétition individuelle et une par équipe composée des membres d'une même nation (sous forme de relais de 5 touches, on va en 45 touches, on doit rencontrer tous les membres de l'autre équipe).

Revenons sur ce championnat du monde. As-tu rencontré des difficultés ?

Lors du championnat par équipe, je n'ai pas rencontré de difficultés particulières. J'étais très entraînée et très concentrée comme mes trois équipières. D'autant plus que l'on n'était pas favoris, nous n'avions pas performé lors de notre compétition individuelle. Bizarrement, nous étions en communion toutes les quatre ce jour-là, la communication était parfaite, nous savions ce qu'il fallait faire et la confiance régnait. Tout au long de l'année nous avions la Russie comme bête noire, nous éliminant à chaque compétition qualificative et, pour les Mondes, au pied du podium. Et là, nous la rencontrions en finale si on y parvenait. Nous n'avions jamais gagné de compétition avec cette composition d'équipe. En plus aux championnats d'Europe, un mois plus tôt, il n'y avait pas la même équipe. C'était un peu un coup de poker des sélectionneurs d'équipe de France qui ont choisi de remplacer une fille par une autre n'ayant jamais fait de championnats, ça a marché. 

Te souviens-tu de ce que tu as ressenti lors de ta victoire?

J'ai eu l'impression que ce n'était pas réel mais j'avais l'impression de savoir que nous allions gagner depuis le matin même. J'ai rempli mon rôle "d'avant-dernière" toute la journée. C'est un rôle important, car il permet à la dernière qui combat de lui donner des touches d'avance pour faciliter son relais. Donc dans un sens c'était normal de gagner et j'avais tout fait pour. 

Combien d'entraînement fais-tu par semaine ? 

Je m'entraîne tous les jours le matin et l'après-midi. Les entraînements sont diversifiés. En général, on fait deux ou trois séances spécifiques où l'on tire entre nous, deux séances techniques de leçons individuelles avec notre "maître d'armes" en face à face. On peut faire des fondamentaux qui consistent à faire des mouvements sans adversaire (travail de jambes), une ou deux séances de musculation et de la préparation mentale. 

Notre ambassadrice Eloïse Van Ryssel dans sa tenue Vendôme ultra-performante

Eloïse porte le tee-shirt Vendôme Black et le legging Vendôme Black.

Comment se déroulent tes entraînements tout au long de l'année ? 

Il y a une programmation faite par les entraîneurs nationaux en début d'année en fonction des compétitions nationales et internationales surtout. À l'escrime, comme c'est un sport d'intérieur, notre saison commence en septembre et se termine vers juillet. Donc, tout au long de l'année, nous avons des coupes pour se qualifier au championnat d'Europe et du Monde et, en fin de saison, arrivent les championnats ou les Jeux lors d'une année olympique. 

Et avant une compétition ?

Avant les compétitions, ma préparation ne change pas du reste de l'année. Il faut juste que je rajoute un peu de repos pour être prête le jour J. Après, moi, j'aime beaucoup m'entraîner et ça me rassure pour mes compétitions. 

Quels sont tes prochains objectifs ? Tokyo 2021 ? Paris 2024 ? Comment comptes-tu les atteindre ?

En ce moment, c’est un peu compliqué pour tout le monde et pour les sportifs de haut niveau c'est difficile de se fixer des objectifs. On attend de savoir si les compétitions qualificatives pour les Jeux Olympiques sont maintenues. Donc mon objectif, plutôt à long terme, c'est Paris 2024. En effet, j'en rêve pratiquement depuis que j'ai commencé. Je suis sur la bonne voie, mais il y a encore de l'expérience à acquérir aux coupes du monde séniors. Je suis jeune par rapport à mes partenaires d'entraînement, mais je suis très motivée. Je compte travailler pour me donner les moyens.  

Peux-tu nous raconter un de tes plus beaux souvenirs sportifs ?

Certainement lors de mon titre de championne du monde par équipe. Savourer la victoire avec la Team France était incroyable, ce fût un moment bref mais très intense. 

Et enfin, quel conseil donnerais-tu à nos lectrices qui souhaiteraient commencer l'escrime ?

L'escrime est un sport très complet que ce soit au niveau physique mais aussi mental. L'esprit y est très bon, il inculque de belles valeurs aux plus jeunes, une bonne motricité et la convivialité dans les clubs est très agréable. Ce sport est aussi très pratiqué par les femmes en rémission de cancer du sein. Il a été prouvé qu'il mobilise l'entièreté des muscles du haut du corps permettant aux femmes de retrouver de la confiance en elles mais aussi de guérir plus vite. Tout ça pour dire qu'il est accessible à tous et à toutes, et à tout âge. 

 

Découvrez le parcours d'Eloïse sur son compte Instagram @eloisevanryssel

 

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